Pourquoi se doter d'un blason au 21ème siècle ?

Nous nous sommes posés la question, et en avons discuté avec d'autres.

PicardieDes amis nous ont dit que c'était une idée noble et utile, pas une futilité de mordus d'histoire, mais bien au contraire quelque chose d'indispensable malgré les apparences, puisque, selon le triptyque bien connu, savoir d'où l'on vient et qui l'on est, permet peut-être de savoir où l'on va. Il ne s'agit pas de revenir aux pensées du Moyen-Âge, mais de se souvenir que nos paysages, nos rues, nos monuments ont été travaillés, créés et habités par d'autres avant nous et que même s'ils ne sont pas «nos ancêtres» par le sang, ils sont «nos anciens» par l'histoire. Que nous nous nous inscrivons dans quelque chose de plus grand que nous et dont nous souhaitons la perpétuation.

Dans quel esprit avons-nous travaillé ?

Nous sommes très vite tombés d'accord sur des principes communs. Nous voulions :

1- Un blason «simple», pour être aisément identifiable, donc pas une juxtaposition de plusieurs blasons, ou un écu morcelé en trop de parties, chacune avec des détails évoquant telle ou telle chose, comme on le voit sur des blasons allemands ou espagnols
2- Un blason qui ne soit pas un logo à la mode (et vite démodé) mais un vrai blason selon les règles héraldiques traditionnelles et rigoureuses, donc en respectant les règles de juxtaposition des couleurs simples et sans «meubles modernes»
3- Un blason puisant son inspiration dans les armoiries des familles ayant possédé la seigneurie de Sérifontaine
4- Mais en combinant les formes et les couleurs de manière originale, pour ne pas «usurper» un blason appartenant à une famille ou à une autre commune.

Nous avons fait un inventaire (incomplet !) des armes de quelques-uns de nos seigneurs successifs, de gauche à droite :

les blasons de nos anciens seigneurs

Il nous est paru évident qu'il fallait partir des armoiries de la famille de Trie

blason des Trie• C’est la famille qui a détenu la seigneurie de Sérifontaine le plus longtemps (1267-1650) et elle s’est illustrée au service du roi (un ministre, un amiral…)
• L’or et l’azur (bleu), sont par ailleurs les couleurs du roi de France, qui est le vrai seigneur du Vexin depuis 1092. C’est un rappel du « patriotisme » des habitants du «Vexin français»
• La bande bleue peut évoquer l’Epte
• La priorité donnée au «métal» (l’or) par rapport à l’émail paraît convenable vu le passé récent de Sérifontaine.

Nous avons décidé de « briser » ce blason en nous servant du motif dit de «papelonnage» et des trèfles du blason des Flavacourt pour enrichir la bande, mais sans changer de tons

• Le papelonnage est un motif rare (une « fourrure » peut-être inspirée des écailles d’un poisson) donc original
• Il peut aussi évoquer les tuiles ou une cote d’acier, donc une activité industrielle
• Les trèfles signifient, eux, un «pays abondant en fourrage» et donnent ainsi une connotation agricole complémentaire.

Après quoi nous avons pensé reprendre les « merlettes » qui sont fréquentes dans l’héraldique de notre région

• Ces petits oiseaux blessés, sans pattes ni bec, ornaient le blason de nos premiers seigneurs, les Boury (de 1097 à 1271) qui construisirent notre premier château, nos merlettes
• Ils ornaient aussi celui des Maricourt, héritiers des Trie, qui au 16ème siècle reconstruisirent la voûte de notre église où l'on distingue toujours leurs merlettes
• Ces merlettes symbolisent «les voyages au loin» et elles peuvent donc rappeler l’importance de l’immigration chez nous
• Enfin elles symbolisent aussi «les blessures de la vie» et l’espoir qui renaît, ce qui n’est pas sans rapport avec la situation consécutive à la fermeture de notre usine.

Voici le résultat final

Le blason de Sérifontaine En termes de blasonnement, cela se décrit ainsi : « D’or à la bande d’azur papelonné d’or entre-semé de trèfles renversés de même, accompagnée de deux merlettes de sable ».

Sans même voir le dessin, un spécialiste pourra le recréer à l'identique. C'est cette définition qui a été acceptée par le Conseil Municipal. Pour respecter, enfin, une décision de l'empereur Napoléon (décret du 17 mai 1809) nous avons couronné ce blason d'une muraille à 3 tours, nombre qu'il a attribué aux communes qui ne sont pas chef-lieu. Et comme nous n'avons pas voulu inventer de devise en latin, nous avons simplement inscrit le nom de notre ville dans le phylactère.

Si vous voulez nous faire part de vos réactions ou obtenir des détail, vous pouvez le faire en nous écrivant ici. Julien Holderbaum et moi-même avons fait don de cette création. Le blason n’est d'ailleurs pas la propriété de la Municipalité, et il peut être librement utilisé par tous les Sérifontainois, individuellement ou même dans un usage publicitaire ou commercial, mais sans exclusivité. A priori, une fois officiellement adopté il est régi par la loi du 5 avril 1884. Traditionnellement il ne peut être changé.