Si la collection est fort complète, on devine que Frédéric Queffeulou avait ses passions, celle des véhicules "culte" de l'époque où s'est développée sa passion.

les DSLa DS, bien sûr, dont on découvrira des dizaines d'exemplaires, tous différents.

Et les voitures de chefs d'Etat, avec plusieurs véhicules du Général De Gaulle, la DS ou la Renault Rambler re-carrossées par Henri Chapron (à Levallois!) ou encore la Simca Chambord utilisée lors de la visite de Jackie Kennedy et de son mari.

De Gaulle

Simca Chambord

Il y a aussi des vitrines à thème par exemple pour les voitures de police ou pour les ambulances :

police

ambulance

Autour de la voiture miniature, on trouvera aussi quelques publicités de légende, et divers objets, dont les inévitables porte-clés des années 70.

les porte clés

Espérons donc qu'avec ce Musée, petit mais très attachant, des passionnés divers passeront par chez nous. Il faudrait sans doute imaginer une brocante annuelle, et peut-être des conférences épisodiques sur des thèmes automobiles. Nous avons dans la région des collectionneurs de voitures anciennes, et des rallyes qu'il faudrait savoir accueillir.

Voici aussi l'occasion de rechercher dans notre propre passé ce que l'automobile a apporté à Sérifontaine. Avant l'automobile à 4 roues, le premier tricycle à vapeur mentionné dans notre région circula à Gisors en 1890 : il appartenait à un banquier ! Dix ans plus tard un tricycle De Dion Bouton circulait à Boutencourt. Quant à l'automobile, un journal local la signale la première fois, sauf erreur, au faubourg Cappeville à Gisors en 1895.

Cet objet de rêve est aussi un instrument de drames. Et les irresponsables (que l’on croise toujours et chaque jour sur la D 915) ne sont pas propres à notre époque. Dès 1898 le journal le Gaulois signale l’accident survenu à la voiture en stationnement du docteur Ladevie, qui faisait ses visites en automobile : M. X… filant à une allure vertigineuse et aveuglé par la poussière, brisa en l’accrochant la voiture du docteur et n’eut d’autre idée que de se soustraire ensuite aux conséquences de sa maladresse et de son imprudence… Si M. Ladevie avait été dans sa voiture, il était tué ou gravement accidenté.

L’automobile change la vie de tous, même de ceux qui mettront encore quelques décennies à pouvoir s’en acheter une. Ainsi un service postal automobile est créé dès 1905 vers Vernon.

L’année suivante, lors d’un recensement pour la guerre que l’on voit déjà poindre le nez, Sérifontaine ne possède toujours aucune voiture automobile de première catégorie (poids lourd). Même recensement en 1911, mais pour les voitures automobiles de deuxième catégorie (voitures de tourisme et motocyclettes) ; on voit enfin apparaître les premiers « nantis » de cet objet sensationnel : Georges Kriegelstein, qui possède deux automobiles Lion-Peugeot, un phaéton et un double phaéton, MM. Nossac et Sauvalle qui possèdent également une automobile.

La Grande Guerre change le paysage à cet égard : au recensement de 1920, on dresse la liste des voitures susceptibles d'être requises pour les besoins de l'armée en cas de nouvelle mobilisation. On enregistre ainsi plusieurs automobiles de marques fort diverses :

M. Dumontier, peintre, double phaïton Peugeot vc pression en HP 9
M. Navet, aviculteur, limousine Charron et une torpédo Charron
M. Carpentier, voyageur de commerce, unee voiturette Delage
M. Joseph Nossac, maréchal, un « coffre » (camionnette) De Dion Bouton
M. Joseph Kriegelstein, facteur de pianos, une torpédo Bébé
M. Raymond Fournier, hôtelier, une torpédo Aleyon
M. Sauvalle Hector, mécanicien, une moto Reine des champs
M. Vincent Fortier, entrepreneur de battages, une torpédo Lion Peugeot
Kriegelstein & Cie, une conduite intérieure Peugeot

Sans doute certaines figurent-elles dans le nouveau Musée ?

les modèles anciens

La voiture n’a pas changé seulement la façon de bouger, mais la façon de vivre. En même temps elle apporte de l'animation. Le café Rousseau (qui fait aussi salon de coiffure) s'appelle alors le « Café des Amis de la Route ».

le bar des amis de la route

Geneviève Tournade, qui a beaucoup publié sur l’histoire de Sérifontaine il y a quelques années, notait que procession annuelle à la Vierge Marie fut peut-être moins victime de l’indifférence religieuse que de la circulation automobile ! Mais leur arrivée est pourtant bien lente. Sur les cartes postales anciennes, presque toujours sans voiture, c'est vrai que nos rues avaient l'air plus larges ! Ici, elle semble faire timidement son apparition, avec un modèle culte que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître mais qu'on retrouvera certainement dans la collection Queffeulou !

sur la grande route

Un homme, à Sérifontaine, a particulièrement aimé la voiture : Jacques Muller. Ce passionné de mécanique avait débuté sa carrière, fin 1910, chez Saurer comme ajusteur, monteur, puis essayeur-mécanicien grâce au permis de conduire qu'il possédait déjà. Il passa ensuite chez Anzani et Berliet. Mobilisé en 1916 chez Hispano-Suiza grâce à ses connaissances en mécanique, démobilisé en 1919, il décida de se lancer dans la construction automobile en produisant un cycle car, le JMK, qu'il présenta au Salon de Paris de la même année. Mais il était sans doute en avance sur son temps. Vers 1925 il monta chez lui, à la Garenne-Colombes, sa société qu’il appella Rellumit (en inversant les lettres de son propre nom), et conçut un petit véhicule qu'il baptisera "Solocar", la Smart avant l'heure. Ce projet n'aboutit pas non plus. Ce n’est qu’après la seconde guerre qu’il s’installera vraiment à Droittecourt dans l’ancienne usine de piano. Mais on n’y construira jamais d’automobile !

Fort classiquement en revanche, quelques artisans qui fabriquaient déjà des petits outils agricoles se sont intéressés à la fois à l’automobile et au tracteur. Notre commune compte toujours plusieurs établissements liés à l'industrie automobile.