83 - Ma maison, du temps des Tellier (1850-1911)

Cet article fait suite à celui où je retrace ce que je sais de l'histoire de ma propre maison depuis sa construction, à la fin de l'époque révolutionnaire au temps des familles Faburel et Dagincourt.

A cette époque, et pour des gens modestes, mes ressources en termes d'illustration sont faibles. Quelques traces signées sur des registres ou des contrats...

Par contrat passé chez Maître Louis Ambroise Delesque, notaire à Maineville, le 23 mai 1850, Louis-Michel Dagincourt, cultivateur à Sérifontaine, avait vendu pour 2.600 francs ma maison à Pierre « Victor » Tellier, né à Sérifontaine le 5ème jour complémentaire de l’An 6 (21 septembre 1798), journalier devenu lamineur et chauffeur en mines et ainsi qu’à sa femme Marie Victoire Saint-Ouen née le 30 octobre 1797, dentelière qui ne savait écrire ni signer son nom, ce que les Tellier père et fils faisaient quand même avec quelque mal.

La maison de la rue Cocagne allait rester dans la descendance de Victor et Victoire Tellier durant près d’un siècle et demi.

Comme je l'ai déjà écrit dans le précédent billet, peut-être ce couple, marié depuis le 15 juin 1821, occupait-il déjà la maison avant de l'acquérir, puisque Victor et Victoire sont recensés en 1846, avec 4 enfants et 2 autres parents, dans une maison de la rue Cocagne.

Les parents de Victor étaient Jean-Baptiste-Eustache Tellier, un « journalier » né en juillet ou août 1772, mais apparemment pas à Sérifontaine, et mort le 3 septembre 1806 et Marie-Françoise Duguet, qu’il avait épousé avant 1796 et dont il avait eu plusieurs autres enfants, dont un fils prénommé Jean-Baptiste mort en 1815 et un autre Jean-Baptiste-Eustache mort en 1817.

Quant aux parents de Marie-Victoire Adélaïde Saint-Ouen, ils s’appelaient Denis Saint-Ouen (décédé lors du mariage de leur fille en 1821) et Marie-Henriette Henry, remariée à un journalier nommé Jean-Pierre Tombatte.

Le bien vendu par Dagincourt à Victor et Victoire Tellier en 1850 était alors décrit comme « une maison située à Sérifontaine, rue de Cocagne, consistant en cuisine, chambre, cave dessous, charreterie, écurie, grange, étable fournil et poulailler, avec le terrain en cour, masure et jardin, sur partie duquel les bâtiments sont édifiés, contenant vingt et un ares quarante centiares & tenant d’un côté à l’acquéreur, d’autre côté à la rue Parmentier, d’un bout à la rue de Cocagne et d’autre bout aux héritiers Dagincourt par une haie mitoyenne ». J’en conclus que les terrains sur lesquels ont construits aujourd’hui les numéros 7 et 9 appartenaient déjà, non bâtis, aux Tellier.

J’ai dit que les recensements ne permettaient guère de tracer les choses aussi précisément que la succession des actes notariés. En revanche cela donne une idée générale du poids des cousinages dans les voisinages. Rue de Cocagne, du recensement de 1846 à celui de 1936, l’un des patronymes les plus fréquemment rencontrés est celui de Tellier. Sans doute, comme les Hérault (ou Héraux, déjà abordés ici) sont-ils tous cousins, si l’on remonte assez loin dans l’Ancien Régime : on trouve naturellement le nom de Tellier parmi les 80 signataires de la première Assemblée de 1789 à Sérifontaine.

tombe tellier.jpg, mar. 2021Au 19ème siècle, on verra donc rue de Cocagne les couples de Victor Tellier (les Tellier-Saint-Ouen) puis de son fils ainé, Constant (les Tellier-Lagnitre, dans ma maison), et de son autre fils Eléonor marié deux fois, (donc les Tellier-Lambert puis les Tellier-Balivet ) mais aussi de divers parents, avec les couples Tellier-Patte, Tellier-Velu, Tellier-Harant ou Tellier-Quenet. Démêler les fils des relations de cousinage excèderait largement du cadre de mon enquête. Ferdinand Tellier repose dans la tombe aux deux obélisques, à Sérifontaine.

Le prix de 1850, détail amusant, était stipulé « payable le 11 novembre » : ce n’était évidemment pas encore l’anniversaire de l’Armistice, c’était toujours la « Saint-Martin », date à laquelle, depuis des siècles et même au plus fort de la révolution, se réglaient les transactions et se payaient dettes et fermages.

Seulement en ces temps-là, l’argent était rare, et plus rares encore étaient les espèces (pièces d’or ou d’argent, plus de rarissimes billets de banque) pour solder la transaction. Dix ans plus tard, la chose n’était toujours pas vraiment soldée, ce qui se fit par transfert de créances.

En 1853, un certain Achille Marion, propriétaire cultivateur à Fleury sur Andelle s’était rendu propriétaire (sans jouissance, apparemment) de ma maison par une transaction assez compliquée :

  • Marion s’acquittait d’une somme due par Dagincourt depuis 1841 envers une demoiselle Margueritte Chevallier de Gisors et un sieur Prosper Salahum, lamineur en zinc à Sérifontaine
  • Victor Tellier consentait à payer les sommes dues à Dagincourt entre les mains de Marion devenu seul propriétaire de la créance née en 1850.

Pierre-Victor Tellier mourut le 27 décembre 1864, son épouse lui survécut douze ans et décède la 8 février 1876. Mais le 23 septembre 1860, par contrat passé devant Maître Charles-Frédérique-Cyprien Delesque notaire à Mainneville et successeur du précédent notaire mentionné, le couple Tellier-Saint-Ouen avait revendu la maison à leur fils Victor Ferdinand « Constant » Tellier, né le 8 juin 1829 à Sérifontaine où il était alors « usinier » et à sa femme Malvina Ernestine Lagnitre, née le 13 juin 1830 à Sérifontaine, où il l’avait épousée le 22 octobre 1851.

Le prix de 2200 francs payé à terme, plus bas que celui payé 10 ans plus tôt s’explique très probablement par une minoration volontaire. A moins qu’il ne résulte des opérations de 1853, puisque les 2200 francs furent versés en réalité au sieur Marion.

La nouvelle Madame Tellier, née Malvina Ernestine Lagnitre, mourut le 3 octobre 1893. La maison appartint alors à son époux, qui vécut jusqu’en 1911 mais aussi à leurs enfants :

  • Ernestine Frédérique, marié à Édouard-Louis Fournier,
  • Hildevert-François, cafetier mariée à Marie-Eugénie Vaillant ;
  • Mathilde Léocadie Tellier, sans profession, mariée à Eugène Guillaume Canaque ;
  • Emilienne, mariée à Louis Picard, contremaître d’usine et son avec qui elle est domiciliée dans le Calvados à Dives sur Mer où la CFM a une autre usine.

La maison est donc, au tournant du siècle, pour partie occupée par Constant Tellier, pour partie occupée par la famille de son gendre, « Édouard » Louis Fournier.

A la mort du vieux Constant Tellier, le 7 avril 1911, la maison, sans changer tout à fait de famille, devient la maison Fournier, l’une des nombreuses maisons dans le bourg à avoir appartenu à des membres de cette famille nombreuse.

Ceci ne marque pas, pour autant, la fin de l'emprise Tellier, puisque la famille d'Eléonor, frère cadet de Constant, vit de l'autre côté de mon jardin, dans la maison qui est aujourd'hui le 7 ou 9. Son fils Georges Constant Tellier, dont on trouvera ici la photographie et la nombreuse descendance établie par son arrière-petit-fille y est né en 1871.

Si Édouard Fournier est, comme on va le voir dans un prochain article, lui aussi un « immigré » né sur la rive normande de l’Epte, il importe de dire, sans rentrer dans d’interminables énumérations, que les nouveaux occupants ont, non seulement avec les Tellier, mais aussi avec les familles Deverny, Patte, Monpetit et Deveaux, des racines séculaires à Sérifontaine et notamment à la ferme du Bourguerel.

(à suivre, avec un article plus illustré !)

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