Et depuis l'époque historique, jamais notre contrée ne fut désertée si l'on en croit les découvertes funéraires. A Droittecourt, presqu’en face de la dernière maison, on a trouvé un cimetière gallo-romain qui renfermait encore de nombreuses tombes. Deux d’entre elles furent fouillées en 1909 et confirmèrent à cette occasion leur origine gallo-romaine. On découvrit aussi au 19ème siècle des tombeaux mérovingiens sur les coteaux de Guerquesalle. Tout cela semble avoir été perdu dans la destruction du musée de Beauvais. Plus bas sur le côteau, vers Gueulancourt, on aurait de même trouvé des monnaies romaines vers la même époque.

Pour ce qui est des traces écrites, à travers toute l’histoire c’est en retrouvant obsèques et héritages sur les registres du curé (depuis 1586) ou du notaire (il y en a un à Sérifontaine en 1591) que l’on a la trace furtive d’un être humain et de son métier.

Mourir dans les faits-divers...

Parfois on en découvre un peu plus, grâce à ce que l'on appellerait aujourd'hui les faits divers : ainsi une rixe mortelle nous en apprend beaucoup sur l’occupation anglaise de notre petit pays à la fin de la Guerre de Cent Ans. On trouve mention, dans les actes de la chancellerie du roi anglais Henri VI, d’une bagarre sanglante survenue en mai 1425 entre un barbier du nom de Gallopin et un gaillard dénommé Jean le Coudray, serviteur de Robert Lanceau, seigneur anglais résidant à Sérifontaine et qui parcourait le pays en exigeant œufs et poules…

Une marave épique entre faux-sauniers nous offre également un aperçu savoureux sur le trafic de sel sous l’ancien régime. Profitant d’une certaine anarchie, des faux-sauniers s’organisent au grand jour, sel et tabac ne se vendant pratiquement plus qu’en contrebande. Le 17 novembre 1707 une vingtaine de contrebandier passèrent la nuit dans un cabaret de Sérifontaine. Le lendemain les brigands s’en prennaient au seigneur de Saint-Paër, qu’ils avaient pris pour le receveur des tailles, et menacèrent de lui brûler la cervelle. Il s’en tira de peu. A Gisors on tremblait : les trafiquants allaient jusqu’à exiger une place au marché pour y vendre leur tabac. La présence de ces commerçants-là n’était pas de tout repos : le partage de leur recette était souvent brutal et le baston fit un mort à Sérifontaine.

Une place pour les morts

Les morts de Sérifontaine allaient reposer dans le cimetière et, quand ils en avaient les moyens, dans un cercueil fait au village.

Le cimetière entourait jadis l’église, à l'emplacement où l'on construisit ensuite (non sans scandale, peurs et cris divers) l’ancienne «école des filles». Le cimetière fut transféré en 1854 à son emplacement actuel sur un terrain offert par le comte Dupont d’Englesqueville, alors propriétaire du vieux château, et à qui une concession perpétuelle fut offerte plus tard. Je ne cesse de demander que l'on entretienne un peu sa tombe, comme d'ailleurs tout le cimetière...

les donateurs sont le comte d'Englesqueville et sa famille

Une croix fut érigée par souscription des habitants. Le fils du général d’Arlincourt, décédé en 1855 alors qu’il était Maire, est l’un des premiers à inaugurer le lieu où il repose, dans la petite chapelle centrale où reposent toujours plusieurs membres de sa famille.

la croix de 1865 devant la chapelle d'Arlincourt

Le curé Jérosme, bienfaiteur de la commune mort en 1828, y fut aussi transféré en 1885.

Mais avec la déchristianisation, la mort devint source de conflits. Le Maire Joseph Hacque entendit en 1891 ériger un monument aux morts devant l’église sans le faire bénir, ce qui causa bien de l’émoi. Puis il décéda en 1892 et ses obsèques furent les premières civiles : nouveau scandale !

Pourtant il fallait bien s’arranger car pour les croyants comme pour les non-croyants, il n’y avait qu’un seul corbillard qui appartenait... à la paroisse, laquelle le prêtait à la commune. Il servit une dernière fois en 1966 pour les obsèques toutes laïques du Maire Pierre-Eugène Boyer puis il retourna pourrir dans l'église. Je suggère qu'on le restaure, mais cela n'éveille guère d'écho...

l'ancien corbillard mériterait un peu de secours

Une visite au cimetière, dans les premiers jours de novembre permet de mesurer l'attachement à leurs morts de bien des familles (parfois éloignées de Sérifontaine depuis des générations). C'est aussi une vraie leçon d'histoire.

Mais la mort fut aussi jadis source d’activité

C'était le cas pour le curé et les fossoyeurs, dont on a conservé les tarifs, mais aussi pour le menuisier, dont on retrouve les factures : le sérifontainois Jean Hion toucha 40 sous en 1718 pour prix du cercueil de la marquise douairière de Flavacourt. Son lointain successeur, 250 ans plus tard, était établi rue Borgnis-Laporte, où il faisait aussi cafetier. Il accueillait plaisamment ses visiteurs par une malicieuse question : vous voulez une bière ?

Des pierres tombales aussi étaient jadis faites à Sérifontaine. On distinguait il y a peu de temps encore la trace du mot "Marbrerie" sur un entrepôt en face de la Gare, qui a été repeint depuis lors.

l'ancienne marbrerie

Prendre soin des défunts est une activité qui ne devrait pas connaître la crise : pourquoi diable a-t-elle disparu ?