Voilà ce qui manque sans doute en année électorale : un peu de poésie.

Je formulerais bien un second souhait : un peu d’érudition. Qu’ont lu sur les Gaulois ces gens qui veulent distribuer des casques à petites ailes dans nos cités ? Qu'ont-ils lu à part « Le combat des chefs » ?

Il y a des pages et des pages, sur Internet et ailleurs, pour rétablir la vérité (les habitants de la Gaule n'avaient point de grosse moustache, les Gaulois n'existaient pas..) et pour expliquer quand et pourquoi on les a inventés et dotés rétrospectivement d'un caractère tout français.

mairie

Ces Gaulois fantasmés ne sont sans doute les aïeux de personne chez nous, ni à Paris ni à Sérifontaine. Comme le faisait remarquer sur France-Culture Etienne Klein "nos ancêtres les gaulois auraient l’étrange particularité de ne pas avoir d’ancêtres, car s’ils en avaient, nos ancêtres ne seraient pas les Gaulois, mais les ancêtres des Gaulois, et même les ancêtres des ancêtres des Gaulois, et on n’en finirait pas… "

Ils ne peuvent servir ni à nous diviser ni à fixer des standards (vestimentaires, alimentaires etc) pour classer bons ou mauvais français, et ce n'est qu'en se chamaillant entre nous que, malheureusement, nous ressemblons vaguement à leur caricature!

Ceci posé, il y a bien eu des gens ici et là avant nous, et l'historien ne peut s'en désintéresser.

BainvilleJ'ai envie de rappeler que le mot ancêtre, venant du latin antecessor signifie d’abord et simplement qu'ils nous ont précédés sur cette terre, pas qu'ils nous y ont engendrés. Même Jacques Bainville ne dit pas autre chose : il y a bien longtemps de cela notre pays s'appelait la Gaule et ses habitants étaient des gaulois.

Du coup je me suis demandé ce que ces prédécesseurs gaulois ou véliocasses qui ont donné leur nom à notre Vexin,... ou leurs propres prédécesseurs au néolithique avaient laissé comme trace à Sérifontaine.

Parmi nos plus anciens monuments, qui datent du néolithique et sont essentiellement vers Champignolles, l'un d'entre eux reçut jadis le nom de « tombeau gaulois ». L'histoire qu'on trouve ici est bien l'histoire, typique du 19 ème siècle, de la découverte (ou de l'invention) de nos ancêtres gaulois...

le tombeau

En 1902, M. Foubert, fermier de Champignolles, faisait une battue aux lapins entre le vieux four à chaux et la lisière de la forêt de Thelle quand il découvrit, émergeant à peine du sol, avec une disposition qui lui parut être plutôt due à la main de l'homme qu’un simple effet de la nature, quelques blocs énormes de grès à peine saillants, recouverts de mousse et de lierre. Leur disposition lui fit penser, déclara-t-il à un tombeau gaulois. Il avait l’âme d’un historien.

obelixIl fit part de cette découverte au fermier du Champ-Mauger qui, de son côté, crut devoir la communiquer à M. Paul Bénard, banquier de Gournay chez lequel il avait remarqué des antiquités préhistoriques. L’archéologie s’est développée en France en dehors de tout cadre légal et encore en 1913 la loi sur les monuments historiques ignorait totalement les gisements. Jusqu’à la seconde guerre, les fouilles sont œuvres d’amateurs.

Le banquier Paul Bénard se rendit sur les lieux, accompagné de son fils Fernand. Et le 5 avril 1903, les deux fermiers étaient de retour au tombeau gaulois, accompagnés de Bénard père et fils. Paul Bénard demanda une autorisation de fouille à la seule autorité compétente, qui était alors celle... des Eaux et Forêts, la forêt de Thelle étant domaniale. Des fouilles furent pratiquées en juillet et août, et leurs résultats furent publiés par la Société Académique de l'Oise de façon sommaire dès 1903, puis de façon plus détaillée en 1906.

asterixL'engouement des spécialistes fut immédiat. Une par une, ou en excursions organisées, on vit défiler la Société d'Excursions scientifiques (M. Fouju), la Société Normande d'Etudes Préhistoriques (M. Brasseur), la Société Historique et Archéologique de Pontoise (M. Patte). En juillet 1909, le dolmen de Champignolles, qui doit un peu son nom à la chasse au lapin de M. Foubert mais qui est situé en réalité sur Flavacourt, était au programme du 5ème Congrès Préhistorique de France qui se tenait à Beauvais.

Curieuse expédition que ce Congrès, qui voit les savants partir le matin de Beauvais, en autocar, pour venir se promener en tenue bourgeoise parmi nos champs. Victor Patte lui-même se souvient avec amusement des excursions de ces savants : A peine avaient-ils gravi le coteau sur la crête duquel se trouve ce monument, qu'ils virent accourir vers eux à toutes jambes, la queue en cor de chasse, un grand troupeau de bœufs qui paissaient sur le plateau voisin. Les fronts, du côté féminin, commençaient à se rembrunir, lorsque tout à coup, comme médusées par un si docte corps, auquel les dames faisaient un si gracieux cadre, ces belles bêtes s'arrêtèrent, puis, d'un pas lent, reprirent la direction de leur herbage.

La longueur totale du tombeau gaulois est de 8,40 m sur 5,20 m pour la chambre intérieure. Il est composé de deux parois de 6 dalles verticales dont 9 en poudingue et 3 en grès et de deux pierres (en grès également) artificiellement percées formant la dalle de séparation entre le vestibule et la chambre. Une pierre qui pourrait avoir été le bouchon aurait été découverte à proximité, mais des incertitudes sur sa mesure et sa disparition ultérieure, avec l'essentiel des résultats de la fouille, nous privent de ce détail somme toute accessoire...

Le monument ainsi découvert est incomplet. Nous avons trouvé dit Monsieur Bénard dans son compte-rendu de fouille, dans ce remblai, et contre cette couche de sable, quelques morceaux de fer dans lesquels nous avons cru voir des fragments de fer à cheval et un clou. Les débris de fer sont venus confirmer notre opinion. La dalle du fond du dolmen a bien été extraite, ainsi que l'indiquait déjà la dépression circulaire qui se trouvait à cet endroit. Des renseignements que nous avons recueillis des habitants du pays, nous ont appris qu'il existait, paraît-il, aux Routis, un carrier nommé Rey, dit Casse-Caillou, qui avait obtenu de l'administration l'autorisation d'extraire du grès de la forêt de Thelle.

On distingue Monsieur Foubert (en surplomb des savants) sur une carte postale immortalisant cette visite.

les savants

Du mobilier extrait du tombeau gaulois, il ne nous reste que la description par Paul Bénard, et trois photographies réalisées en 1906 et conservées aux Archives de l'Oise. Paul Bénard s'expatria en effet, en 1910 et partit pour le Canada en y emportant sa « collection ». Il y mourut en 1915. Les archéologues cherchent toujours la descendance de Fernand Bénard...

Quant au tombeau gaulois, qui n'a pas été classé, André Auguste (principal du collège de Gisors) notait en 1978 qu'il paraissait oublié. La chambre est à demi remplie de terre et de débris végétaux...elle ne bénéficie pour toute protection que de son éloignement des voies de passage et plus d'un promeneur a dû passer près d'elle sans même l'apercevoir. L'abandon et l'oubli où elle est tombée est peut-être, après tout, sa meilleure chance de conservation.

Le monument est essentiellement une sépulture de nos « premiers pères ». Paul Bénard la présente ainsi : la chambre sépulcrale renfermait environ 55 squelettes, mais le mauvais état de conservation des os, leur enchevêtrement, ont rendu difficile à déterminer exactement la position dans laquelle les corps ont été placés. (...) Les corps se trouvaient de préférence adossés aux parois, ils paraissaient avoir été placés dans un certain ordre formant des lignes.(...) Parmi les ossements, la majeure partie appartenait à des adultes, mais nous avons aussi retrouvés quelques squelettes d'enfants.

A quoi ressemblaient ces premiers habitants de notre petit pays ? La taille qu'ils accusaient ne paraissait pas s'écarter de celle de nos races actuelles. Toute cette population était dolichocéphale, c'est-à-dire à crâne allongé nous dit Victor Patte, pour qui ces gaulois ressemblaient forcément à des français...

Ses autres observations ne sont pas sans intérêt : Ce qui, dans ces débris, frappait surtout, c'était la beauté qu'avaient conservé les dents. C’était une admirable bouche d'adulte, où pas une ne manquait, et, en général, elles étaient encore revêtues d'un émail dont les mondaines de nos jours auraient envié l'éclat. Les os du corps dénotaient une constitution robuste.

L'un des cranes, celui d'une femme, fut particulièrement étudié, car il comportait trois traces d'opérations chirurgicales bien cicatrisées: deux grands sillons formant un T et paraissant issus d'une opération de cautérisation, une lésion due à une trépanation opérée durant l'enfance, enfin une autre lésion en fossette. Toutes ces opérations semblent avoir été accomplies chez un sujet assez jeune et qui a vécu assez longtemps ensuite car elles sont bien cicatrisées.

Ainsi nos premiers habitants des lieux, au néolithique, pratiquaient-ils des trépanations qui intriguent évidemment les spécialistes, tant en ce qui concerne le mode opératoire, que le résultat poursuivi. La cautérisation en sillons en T n'a été observée que dans cette région du Vexin.

Le fait que ce soit essentiellement sur des sujets féminins jeunes, laisse à penser qu'il s'agissait probablement d'un rite destiné à soulager les douleurs de tête, maladies nerveuses de toutes sortes que l'on aurait voulu « faire sortir » par le haut... Une pratique qu’aucun démagogue n’a encore envisagé de remettre au goût du jour, par souci de gauloiserie.

Plutôt que les discours visant à nous parer de vertus gauloises, mieux vaut faire comme la Monnaie de Paris, et donner à nos ancêtres gaulois des idéaux français, qui ne leur auraient peut-être pas déplu...

pièces collection 2015