Commençons par ce qui est trivial. Si le jarl Rollon lui-même était probablement danois, une majorité de la population « Viking » était danoise ou norvégienne. Les mots Danemark et Danois ont une étymologie sans doute quelque peu légendaire, remontant au roi Dan.

Bien avant d'être des luthériens flexibles, ces gens arrivèrent chez nous en Vikings. Le mot Viking (Víkingr, en vieux norrois) désigne non une ethnie mais un commerçant, voire un pillard ou un guerrier. D'où son succès dans la mythologie et le cinéma !

Leur incursion en vallée de Seine date de mai 841 (contre Rouen, puis Jumièges). Dès 845 Beauvais a dû payer une première rançon à des barbares normands. D’autres la brûlèrent cinq ans plus tard et en 859 son évêque fut massacré. Le mot sert encore (en latin, bien sûr) dans la première moitié du 12ème siècle quand Suger abbé de Saint-Denis rédige la Vie de Louis VI le Gros, et y explique que l’Epte a servi de « cordeau d'alignement entre les Français et les Danois ».

Ont-ils laissé des traces dans la toponymie ? Il semble que notre région conserve le souvenir de ces incursions vikings dans des toponymes tels que le Campadan, lieu dit de Bouchevilliers, indiquant la présence d'un camp aux danois sur les hauteurs surplombant l'Epte. Plus douteux, mais pas impossible, le nom de Talmontiers pourrait lui aussi évoquer les Danois, de la même façon que le nom de Tallinn la capitale de l'Estonie, Taani-linn(a) ce qui signifie peut-être « château (ou ville) danoise ».

Maintenant, et même si l'objet de ce blog n'est pas d'évaluer la pertinence des propos politiques, je pense pouvoir suggérer quelques pistes de réflexion. Il est peu probable que les Gaulois apprécient la flexicurité à la danoise. Il est en revanche abusif, voire malhonnête, de résumer le modèle danois à la simplicité des procédures de licenciement. Ceux de mes lecteurs que la chose intéresse pourront reprendre ce débat qui a déjà pus de 10 ans, en lisant notamment les productions de M. Alain Lefebvre et de ma camarade Dominique Méda. Ils posaient déjà en 2006 la question Faut-il brûler le modèle social français? ( voir critique et résumé ici et ).

Les Danois, qui avaient voté non à Maastricht (obtenant au passage 4 clauses d'opt-out) et qui ont conservé leur monnaie, auront en tout cas du mal à servir d'exemple au gouvernement actuel lors des prochaines échéances européennes.

Or, la mode danoise étant lancée, il est fort possible que dans les mois à venir, et à plusieurs occasions, nos dirigeants se voient proposer de s'inspirer de l'école, du lycée, de l'hôpital ou de la police danoise. Et pourquoi pas du parlement danois, ou même de la façon danoise d'être chef de l'Etat.

Margrethe et HenrikLa reine Margrethe est une ancienne étudiante de la Sorbonne et elle a traduit Simone de Beauvoir. Dans ses veines coulent les sangs de l'impératrice Joséphine ou du Maréchal Bernadotte (et même le sang de saint Louis, en passant par Marie Stuart !). Elle a perdu il y a six mois son mari, Henri de Laborde de Montpezat, avec qui elle a partagé un demi-siècle de vie. Celui-ci était assez notoirement grognon, Sa Majesté n'a donc aucun besoin qu'on vienne lui expliquer le caractère français.

la reine sur un marché dans le Lot

Elle connait notre pays mieux infiniment mieux que nous ne connaissons le sien. Elle fait ses courses sur nos marchés et ne semble pas bardée de barbouzes pour l'occasion.

Sa Majesté dans ses vignesLa reine est elle-même devenue une charmante aristocrate française, qui produit du vin de Cahors et donne en langue française de gentilles interviews. Sans doute eût-il mieux valu écouter ce qu'elle avait à nous dire que de faire la leçon devant elle.

Le prochain roi du Danemark sera à moitié français. Tant mieux.

Vive eux et nous !