1783

L’inventaire du château, en 1783, mentionnait d’ailleurs un demi muid du vin du pays , soit 150 à 200 de nos bouteilles, même si le bail de la ferme du château (1751) ignorait les vignes. Sans doute étaient-elles détenues par des vignerons faisant plus ou moins taverniers.

Ainsi, vers la fin du 19ème siècle, on peut penser que la vigne de Drouttecourt était détenue, exploitée ou même possédée par celui qui tenait le débit de boisson sur la route.

commerce de vin

De même la maison qui accueillera en suite l'Hôtel dit de la "Grâce de Dieu", puis l'orphelinat de la Générale Pallu, doit sans doute son petit mascaron à décor de Bacchus à un premier constructeur vigneron.

Bacchus

Sérifontaine comme nombre de bourgs du Beauvaisis, est à l'extrême ouest des lieux où la maturation des raisins est possible en ces régions proches de la Normandie. En 1283 Philippe de Beaumanoir rédige la Coutume du Beauvaisis et cite certains cépages : les vins issus du fromenteau (le pinot gris) viennent en tête devant le vin « moreillon » qui est sans doute un pinot noir. À cette époque, Beauvais était entourée de vignes dont les vins pouvaient même être exportés vers les pays nordiques.

Bon ou mauvais ? Vers 1224, Henri d’Andeli, un dignitaire de la cathédrale de Rouen, avait composé un poème, la bataille des vins qui est un peu le premier classement des crus.

Parmi les crus « excommuniés » figuraient les vins de Beauvais, mais aux côtés de ceux d'Etampes et… de ceux de Chalons, autrement dit du Champagne, ce qui est assez amusant. Mais pourquoi ne serions-nous pas un peu champenois (hors chalutage administratif) puisque la falaise de Bray répond symétriquement aux falaises champenoises, et ferme elle aussi la cuvette parisienne, mais vers le Nord-Ouest. Ce petit anticlinal, le plus net d'ailleurs du bassin parisien, et qui fait apparaître les couches jurassiques parmi les éléments crétacés.

est-ce de la vigne?Sérifontaine a pu avoir une vigne à cette époque ancienne, je n'en ai pas trouvé de trace. Le seul décor ressemblant à des feuilles de vigne, sur notre église, est peu convainquant.

Mais le vignoble de l'Oise satisfait durant tout l’Ancien Régime la consommation courante et locale. C’était un fait majeur du paysage, et sans doute une des différences majeures avec ce qui reste aujourd’hui de paysage rural.

On sait par Louis Graves que, dans le canton du Coudray, le rendement était au 19ème siècle de 40 hectos à l’hectare, ce qui est loin d’être nul en l’absence de fertilisant chimique. Ces vignes ont progressivement disparu entre la révolution de 1789 et la révolution ferroviaire.

De quelle sorte de vigne s'agissait-il? Au 19ème siècle le vignoble de l’Oise comptait 85% de cépages rouges, ce qui n'était surement pas le choix le plus adapté pour faire quelque chose de qualité. Ce vin rouge à bas degré fut tué par la concurrence des vins du Sud et de l’Algérie que le train permettait d’apporter commodément.

Le vignoble du Beauvaisis recula donc de 80% entre 1870 et 1909. Il est probable qu’il disparut de Sérifontaine bien avant la première guerre.

Quelle pouvait être sa taille? Si l'on regarde celle de toutes les parcelles cadastrées avec référence à la Vigne Laverine de Marchanval et de toutes celles intitulées "La Vigne" en contrebas de l'actuel quartier de ce nom, on atteindrait plusieurs hectares, ce qui me paraît bien improbable. Le cadastre attribue des noms de lieux-dits, il atteste de ce qu'une vigne existait, il ne permet pas forcément d'en donner l'extension réelle.

la trace au sol

Mais, du moins pour la Vigne de l'entrée du bourg, on peut encore retrouver ses traces au sol, sur environ 30 ares en pente vers le « fond de la Vigne » : les sillons suivent les courbes de niveau avec un espacement de 1,20 mètre. De quoi produire l’équivalent de 1500 de nos bouteilles actuelles.

Il est particulièrement émouvant, je peux en attester, de découvrir ainsi lors d'une promenade sous les bois, que le sol a gardé sur un siècle, et même peut-être deux, la trace discrète du travail de nos anciens.

trace 2