Le roi avait convoqué les députés à Versailles pour mai 1789, et autorisé ses peuples à lui faire connaitre leurs doléances. Les élections (séparées pour le Clergé, la Noblesse et le Tiers-État) comme la rédaction des cahiers de doléance donnèrent l'occasion de se réunir partout en France. Leur histoire offre une perspective sur la population de Sérifontaine en 1789.

DupâquierLe livre passionnant de Jacques Dupâquier Ainsi commença la révolution donne des chiffres très précis. Sérifontaine qui comptait 129 foyers (on disait encore feux) en 1712 dans les dernières années du Roi-Soleil en comptait 150 à la veille de la tourmente. Ces 150 foyers rassemblaient 584 habitants. On est loin de l’idée que l’on peut se faire spontanément sur les familles nombreuses d’antan : vers la fin du XVIIIème siècle, les paysans savaient parfaitement réduire les naissances !

Le 8 mars 1789, se tint une assemblée de tous les chefs de famille. On dressa un procès verbal qui recensait leurs noms, prénoms et états. Evidemment, plusieurs chefs de famille avaient le même patronyme. Nombre de ces patronymes étaient également présents dans les paroisses voisines.

Au risque d’être un peu fastidieux, il ne paraît pas futile de les citer ces plus anciennes familles de notre commune : Ablin, Asseline, Baclé, Baillivet, Baudry, Béranger , Bertaux, Boucher, Breton, Camel, Capron, Carpentier, Cheron, Chevalier, Chicard, Commency, Dagincourt, Decaux, Delafolie, Delaherche, Delarue, Delaunay, Dessaux, Deverny, Dhubert, Dieu, Douelle, Drouet, Dumont, Dumontier, Dupuis, Faburel, Famin, Favierre, Fleury, François, Froger, Fromentin, Gadeblée, Garnier, Gremont, Hebert, Henry, Hubert, Jorel, Lecompte, Lefebvre, Leroux, Leroy, Letellier, Martin, Masson, Mauger, Monpetit, Neutre, Neveu, Nivelle, Patte, Paysant, Petit, Pigeard, Pinçon, Piot, Polet, Quignon, Raban, Renard, Roussel, Rousselet, Ruelle, Sachedieu, Saint-Ouen, Saleme, Sanglier, Savreux, Sedille, Tellier, Thierry, Tourly, Yon .

Parmi ceux qui déclarent une profession, on trouve 13 journaliers, 12 charretiers, 8 marchands, 6 laboureurs, 4 bergers, 3 tonneliers, 3 meuniers, 3 charrons, 2 maçons, 2 cabaretiers, 1 couvreur ; 1 tailleur, 1 perruquier, 1 jardinier, 1 boucher, 1 vacher, 1 chirurgien, 1 domestique, 1 jardinier.

Est-ce à dire que tout le monde participa à l'Assemblée ? Sans doute pas, et loin de là ! Le procès verbal manuscrit ne mentionne que 10 comparants même s'il porte 19 signatures. André-Georges Baclé, déjà syndic de la paroisse, et André Famin le plus riche de tous les laboureurs, furent élus pour représenter le Tiers-État de Sérifontaine à Chaumont le jeudi suivant.

Baclé et Famin furent les deux seuls à faire le voyage à Chaumont pour représenter Sérifontaine; Nul n'y représenta le Clergé et la Noblesse. Pour l’Assemblée du Clergé, l’abbé Jérosme, curé de Sérifontaine ne figure pas au procès verbal. Seuls 64 des 102 curés convoqués à Chaumont comparurent, dont ceux de Droittecourt, Flavacourt, Eragny et Talmontiers. Les futurs jureurs y étaient en légère majorité contre les futurs réfractaires à la Constitution civile du clergé en 1791 : autant dire une majorité plutôt en faveur, grosso modo, des idées nouvelles. Le 19 mars, l’abbé Panat, élu par le clergé du baillage de Chaumont pour se rendre à Versailles, allait déclarer devant l’assemblée du Tiers-Etat local : le clergé s’empresse de vous annoncer qu’il a voté unanimement la renonciation de tous ses privilèges pécuniaires. Il fait avec plaisir ce sacrifice.

Pareillement du côté de la Noblesse. Les demoiselles de Bourdeilles, dames de Flavacourt et Sérifontaine figuraient parmi les membres de la Noblesse qui ne comparurent pas. Comme le clergé, la noblesse renonça à ses privilèges pécuniaires en faveur du Tiers, mais annonça son attachement à l’idée d’une tenue des Etats séparés. La noblesse du Vexin tenait plus que tout à sa distinction et notamment à ses droits de haute justice dont un lieu-dit de Sérifontaine rappelle encore la mémoire. La célébrissime nuit du 4 août ne fut ainsi que la mise en scène pompeuse d'une évidence déjà admise par tous!

Suivons maintenant André-Georges Backé et André Famin. Peut-être firent-ils la route avec les envoyés de Talmontiers, Jean-Baptiste Raban, couvreur et Jean-Louis Letouvé, petit laboureur, et ceux d' Eragny qui avait choisi un autre Famin, Vincent, un receveur, et Louis-Augustin Ricard, un autre laboureur. Flavacourt avait aussi député trois laboureurs, Potiquet, Rousselin et Bordeaux.

la chapelle des RécolletsIls se retrouvèrent dans l'église des Récollets. Il y avait 143 présents. Cette petite assemblée chargea quatre de ses membres de faire la synthèse des cahiers de doléances des baillages de Magny et de Chaumont.

A 143, on était trop nombreux. L'Assemblée préliminaire devait élire 36 de ses membres pour représenter le Tiers-Etat à la réunion locale des Trois-Ordres quatre jours plus tard. Parmi les 36 élus figurèrent nos deux élus de Sérifontaine et Potiquet de Flavacourt. Autant que l’on puisse en juger, selon Jacques Dupâquier, cette élection à deux degrés aboutissait à renforcer la majorité écrasante des fermiers-laboureurs, les bourgeois devant se contenter de 3 places, les petites gens étant éliminés.

Enfin on put réunir l’Assemblée Générale des Trois Ordres, à partir du 16, en commençant par une solennelle "messe du Saint-Esprit" dans l’église des Récollets. Ceux du Tiers, qui se tenaient au bout de la nef durant la messe, envoyèrent quatre de leurs membres déclarer leur respect à ceux du Clergé, et leur demander de renoncer à leurs privilèges fiscaux. Comme prévu, ceux du Clergé acceptèrent, et ceux de la Noblesse ne purent faire moins. La célèbre nuit du 4 août ne fut qu'une mise en scène pompeuse !

Malgré ces bonnes volontés des privilégiés, ceux du Tiers souhaitaient deux choses bien concrètes : le vote par tête, d’une part, mais un cahier de doléance séparé. Ce n’était contradictoire qu’en apparence ! Les travaux qui durèrent plusieurs jours,se tinrent dans la grande salle du Tribunal du bailliage

le tribunal

la celluleLe bâtiment, au pied de la rue qui grimpe vers l'église Saint-Jean-Baptiste, n'a sans doute pas beaucoup changé depuis deux siècles.

Pour accéder à la grande salle du premier, Baclé, Famin et leurs collègues laboureurs devaient passer devant les deux cellules. Comme bien des gens de ce temps, ils pensèrent sans doute que la justice royale était un peu arbitraire, et qu'il faudrait la réformer. Ils n'imaginèrent pas un instant que, dans 3 ans, les prisons déborderaient et les échafauds ruissèleraient...

Un escalier étroit mène à la grande salle, aujourd'hui abandonnée. On ne peut s'empêcher de penser à ces hommes de 1789, qui portèrent ici leurs espoirs généreux et puis qui s'en retournèrent chez eux et ne vécurent ensuite les événements que dans les gazettes.

la salle où eut lieu l'élection

La noblesse du Vexin envoya à Versailles Jean-Baptiste Lemoyne de Bellisle, seigneur de la Villetertre où l’on peut voir son tombeau dans l’église paroissiale. Elu à 72 ans, ses idées libérales, selon Jacques Dupâquier, ne résistèrent pas au choc des événements : il démissionna dès le 6 août 89 ! Le député du clergé, l’abbé de Panat avait démissionné la veille…

Le Tiers du Vexin avait deux députés à envoyer à Versailles. Furent choisis Jean Nicolas Bordeaux, de Fresnaux, un juriste (il était procureur du roi) qui signa le serment du Jeu de Paume, et Michel-François Dailly, conseiller d’Etat, demeurant à Paris, rue Louis-le-Grand, absent de l’Assemblée, mais que Necker connaissait et tenait en haute estime : manifestement cela servit sa candidature. Il s’illustra en retirant un jour la boucle d’argent de ses souliers pour en faire don à la Nation. Il mourut sénateur sous le Consulat.

A Sérifontaine, André-Georges Bâclé, qui avait fait le voyage à Chaumont, fut maire en 1790, l'abbé Jérosme qui était resté chez lui allait l'être de 1799 à 1812, et mourir curé en 1828... Cette année-là, le fils de Baclé était maire de Sérifontaine... inscription Jerosme