Progressivement au Moyen Âge, on assiste à l'affirmation de la puissance économique et politique des villes. Presque toutes les villes sont d'anciennes cités romaines et se définissent après la chute de l'empire par l'existence d'un siège épiscopal. Les villes s'affirment souvent face à l'évêque, ou face au seigneur local, presque toujours avec l'appui discret du roi dont elles sont les "bonnes villes". Certaines reprennent d'antiques symboles ( comme la nef à Paris ) qui souvent étaient présents sur les sceaux qui permettent d'authentifier des documents et en font des blasons, parfois couronnés des murailles édifiées avec la royale permission. Philippe Auguste à la fin du 12ème siècle accorde un blason à Paris, mais aussi à la petite "ville" de Gerberoy (trois gerbes). Les armes de Vernon (trois bottes de cresson) rappellent la protection du saint roi Louis, qui s'était déclaré heureux de partager en cette ville le pauvre repas de ses pauvres sujets.

blasons de villes

Ainsi chaque blason rappelle une histoire, plus ou moins ancienne, plus ou moins glorieuse, parfois légendaire.

Revenons à Sérifontaine.

Notre commune ne fut jamais une cité romaine, jamais une "bonne ville" de nos rois même si l'un ou l'autre la traversa sans s'arrêter (voir pour Louis VI le billet sur sa chasse) . Jusqu'à la révolution, Sérifontaine n'a pas d'existence politique, ni de corps élu. Le même mot, dans la France d'Ancien régime, le mot de paroisse, recouvre ce que nous appellerions la commune, la circonscription ecclésiastique et la circonscription fiscale. Donc, point de blason de la commune puisque Sérifontaine n'est qu'une paroisse dont telle ou telle famille possède par ailleurs la seigneurie (qui est un droit patrimonial et politique sur les terres et les gens) et le château.

Or aucune des familles qui ont successivement détenu la seigneurie de Sérifontaine n'en a jamais fait usage dans son nom. En ce sens il n'y a point de "Famille de Sérifontaine" dont les armes pourraient être adoptées par notre commune (comme d'autres le font, sans en avoir réellement le droit en réalité).

Le premier château royal est édifié chez nous, sur l'Epte, à la fin du 11ème siècle, et il est placé sous la garde de Gaubert de Boury qui obtient la seigneurie de Sérifontaine.

merletteA l'époque le blason de cette famille ne nous est pas bien connu: il semble qu'il ait déjà porté un certain nombre (six?) de merlettes ce qui en héraldique signifie un petit oiseau sans bec ni pattes, ce pourquoi certains y voient le symbole d'ennemis vaincus tandis que d'autres auteurs pensent qu'elles signifient des blessures reçues.

Près de trois siècles plus tard cette branche de la famille n'a point d'héritier mâle et la seigneurie de Sérifontaine passe par mariage à l’un des cadets d’une famille de la petite féodalité du Vexin issue d’un seigneur de Trie . C'est du temps des Trie que Sérifontaine va connaître la splendeur que j'ai évoquée avec la plus belle dame qui fut alors en France.

blason des TrieLa famille de Trie possède des armes, d'or à la bande d'azur dont on peut dire deux choses immédiatement : leur apparente simplicité indique une origine ancienne : c'est bien un blason de chevalerie, destiné à être aisément identifiable sur le champs de bataille ! Et, évidemment, l'or et l'azur sont les couleurs du roi capétien. Une fois de plus on retrouve l'identité profonde de notre petit pays, qui n'appartient pas à "une région", mais qui est essentiellement "français".

Cette branche de la famille de Trie va conserver la seigneurie de Sérifontaine, en ligne directe, jusqu'à la guerre de Cent Ans. Il existe des variantes de ce blason, dont se sont servi des fils en introduisant un détail supplémentaire (en vocabulaire héraldique on dira une brisure) du vivant de leur père (au centre), ou de nouveaux mariés en combinant leur blason et celui d'une prestigieuse héritière (à droite avec le blason des Dammartin).

les Trie

On trouve sur Internet la variante centrale comme étant celle qui aurait été en usage dans la branche sérifontainoise de la famille de Trie. J'ignore l'origine de cette attribution.

On peut voir en tout cas le blason de Trie tout en haut de la verrière centrale de notre église paroissiale. Il est peut-être (un peu) ancien :la verrière principale datant du XVIème siècle a été en partie refaite (anges, décor d'architecture) au XIXème siècle par un maître-verrier de Beauvais, Roussel qui a signé en 1886. Ou bien c'est peut-être une initiative prise lors de la restauration du vitrail par la maison Courageux en 1989. Quoi qu'il en soit, et s'agissant au départ du blason de la famille de Trie, il est tout aussi bien à nous qu'à nos voisins de Trie-Château ! Ou aussi peu...

les armes de Trie dans la verrière centrale

THIBAUD ET ROBINELa branche sérifontainoise de la famille de Trie conserva le seigneurie jusqu'en 1487, date à laquelle elle passa par mariage dans le famille de Maricourt qui détenait la baronie de Moucy-Le-Châtel. Les armes de cette famille étaient coupé d’argent sur azur, à trois merlettes de l’un en l’autre. Thibaud de Maricourt et Robine de Trie mêlèrent donc leurs armes et les merlettes refirent leur nid chez nous !

Il faut aller à l'église, rêver un peu les yeux en l'air, et avec de bons yeux. On distingue, dans le groupe médian des clés de voute au dessus du choeur deux blasons, qui ont évidemment une relaton avec notre histoire, même si cette relation n'est pas facile à retracer. seconde clé de voute

La seigneurie de Sérifontaine est arrivée en 1487 dans le patrimoine de la famille de Maricourt. Après Thibault, son fils Jean, puis son petit fils (Jean aussi) détiennent cette seigneurie. C'est par son arrière-petite-fille, Claude de Maricourt que la seigneurie de Sérifontaine change une nouvele fois de famille : Claude de Maricourt épouse, au 16ème siècle, un seigneur de Gamaches, Nicolas Rouault. Veuve de celui-ci, elle se remarie ensuite avec un autre noble homme, Joachim de Bellangreville, seigneur de Gambais, gouverneur de Meulan, prévôt de l'hôtel du Roi, grand prévôt de France. Il portait en blason d’azur à la croix d’or, cantonné de quatre molettes d’éperon de même. Et ce sont les armes de cet homme bien étranger à Sérifontaine que l'on voit sur la clé de voute. Un blason avec ses armes en plein, un autre où elles sont accolées à celles de son épouse. Sans doute a-t-il payé l'une des nombreuses restaurations de l'église ?

Bellangreville Bellangreville et Trie-Maricourt

En cliquant sur ces blasons pour les voir en plein format, vous distingerez nettement les "merlettes" de Maricourt dans le quartier supérieur droit des armes composées (blason à droite). En regardant bien la clé de voute, on voit qu'un troisième emplacement est aujourd'hui sans blason: il a pu être enlevé à la révolution (il semble qu'il y ait eu quelques opérations de ce genre, mais pourquoi aurait-on laissé les deux autres?) ou a simplement dû tomber tout seul.

La seigneurie va continuer de changer de main. En 1612, Aloph Rouault, fils de Claude de Maricourt et de son premier mari, se marie (fort bien d'ailleurs : à une jeune fille de l'illustre maison de Chabot). Sa mère lui fait alors donation de Sérifontaine, dans le contrat de mariage. Mais Aloph vit à Paris, rue du Coq Héron. La famille à bien d'autre biens. Ses deux filles, mariées, vendent en 1650 la seigneurie de Sérifontaine. Depuis 1097, elle n'avait changé de main que par héritage ou mariage.

En 1650 la seigneurie de Sérifontaine est achetée par la famille Fouilleuse. Le roi avait érigé en "marquisat de Flavacourt", quelques années plus tôt l'ensemble de leurs seigneuries en Vexin. Celle de Sérifontaine se trouva donc réunie de fait au marquisat, et quoique le château où naquirent nombre de membres de la famille soit à Sérifontaine (dans le parc) c'est évidemment sous le nom qui leur assurait une couronne de marquis qu'ils furent connus durant plus d'un siècle. Leur blason était d'argent, papelonné de gueules à trèfles renversés du même. Le dernier marquis mourut en laissant ne laissant qu'une petite fille, marié au vicomte de Bourdeilles, dont les armes étaient d'or à deux pattes de griffon de gueules posées l'une sur l'autre en contrebande.

nos derniers blasons, Flavacourt et Bourdeilles

Et voici comment, après une revue aussi complète que possible, je dois bien avouer que... Sérifontaine n'a point de blason !

le cachet de la Mairie après 1815Vint la révolution, qui nous dota d'une mairie. Mais les tampons des mairies n'ont jamais porté d'autre symbole que celui de l'État: fleur de lys ou république. Il y eut bien d'autres familles portant blason demeurant au vieux château ou dans le nouveau construit sur l'autre rive de l'Epte par les d'Arlincourt, mais ces blasons sont chose désormais purement privée. Sérifontaine devenue commune ne songea jamais à demander à Napoléon ou à ses successeurs des armes officielles. Car seul l'Etat peut enregistrer (aujourd'hui encore) le blason d'une ville.

Reste la possibilité de se doter d'un symbole, d'un logo. C'est toujours dangereux, d'abord parce que le "logo du Maire" risque de déplaire à ses opposants, et ensuite parce que même sans alternance politique, les logos "modernes" vieillissent beaucoup plus vite que les blasons du Moyen-Âge. Je ne crois pas qu'aucun maire des 19 ème et 20ème siècle y ait songé.

Interrogé par un responsable sur le "S" qui sert sur le papier à lettres de la Mairie, j'ai d'abord cherché par quoi on pourrait le remplacer. Il m'avait semblé que deux éléments architecturaux pouvaient servir de base: les deux fenêtres ogivales du vieux château et de la vieille usine.

deux ogivesJe trouvais cela intéressant : mettre en face à face le passé d'un village tassé autour de son château, et le destin d'une cité marquée par un siècle et demi d'industrie. Ces deux ogives me paraissait "faire une pont". Et puis finalement je n'ai pas vu quoi en faire. Si un graphiste plus malin que moi a une idée, il n'a qu'à m'écrire !

la fontaine

Et puis j'en suis venu à me dire que le "S" inspiré de la fontaine avait le mérite d'exister, d'être relatif à une fontaine (car dans toutes les explications possibles sur le nom de la commune, il reste toujours le mot "fontaine", même s'il s'agit certainement de l'affreux puits obstrués dans le parc...) et puis enfin cette fontaine de la route 15 est en métal. Et elle est placée devant le vieux laminoir, qui un jour ne dira plus rien à personne, mais qui aura sa place dans la légende de Sérifontaine...

Un logo aux couleurs de Trie?Peut-être le "S" municipal pourrait-il être simplement redessiné? Il y a deux idées : soit jouer des teintes métalliques (cuivre et zinc?) pour rappeler notre histoire industrielle. Soit reprendre le bleu et or des Trie ?

Enfin, rien n'interdirait de se doter d'un vrai blason bien à nous, pour affirmer que Sérifontaine appartient à l'histoire, a une histoire et veut continuer d'en avoir une, à égal des autres villes, alors que tant de villes et mêmes de villages de l'Oise ont des armes anciennes ou récentes !

Je crois que ce serait possible avec une démarche officielle et à la condition que ledit blason ne soit une fantaisie douteuse, autrement dit qu'il respecte les règles du genre et l'histoire héraldique de notre commune.

Pour moi, voici ce que je propose : reprendre des couleurs et des symboles qui furent en usage chez nous, mais les combiner de manière originale et nouvelle

d'argent à la bande de gueules La première façon, la plus simple, serait de garder la blason simple à une bande des Trie, mais avec les couleurs blache et rouge (argent et gueules) des Flavacourt. D'autant que le blanc pourrait être vu comme évoquant le zinc, et le rouge le cuivre. Mais le résultat, d'argent à la bande de gueules est assez commun... et sert déjà à bien d'autres familles ou villes, dont Strasbourg.

Je propose donc reprendre les couleurs historiques des Trie (l'azur et l'or) ainsi que le motif papelonné et les trèfles des Flavacourt qui n'apparaissent que sur fort peu de blasons. D'autant que papelonné peut aussi, selon certains dictionnaires, se dire des ardoises d'un toit, et que la mode des ardoises fit un temps la fortune de notre usine à zinc. Et puis j'ajouterais volontiers trois de ces merlettes deux fois présentes dans notre histoire héraldique, symboles de coups reçus et d'espoir gardé, et je les mettrais sur une bande de gueules pour trois raisons: associer le rouge et le bleu, évidemment, rappeler le rouge du mouvement ouvrier, évidemment aussi, et rappeler la vieille couleur de l'oriflamme de Saint-Denis, drapeau sacré de nos premiers rois qui étaient les vrais seigneurs du Vexin.

nos merlettes Un blason d'azur papillonné d'or à trèfles renversés du même, au chef de gueules à trois merlettes de sable qui n'est celui d'aucune famille, qui pourrait donc être le nôtre et qui rappèlerait des siècles de notre histoire.

ma proposition

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