81 - La Poste

On vient de m'adresser la copie d'une intéressante photographie, datant du moment où fut construit l'actuel bureau de Poste de Sérifontaine.

Je serais très reconnaissant à ceux de mes lecteurs qui auraient des pistes pour identifier ces 3 joyeux ouvriers !

Le bureau de Poste desservant Sérifontaine a longtemps été … à Gisors où sa création datait de 1676. Il y resta durant tout le 19ème siècle, petite entorse au génie de la raison révolutionnaire. C’est que les conditions d’ouverture au public de la poste de Gisors pourraient encore faire rêver : le bureau y était, au début du 20ème siècle, ouvert sans interruption de 8 heures à 21 heures (et dès 7 heures en été) y compris le dimanche. Il y avait 4 distributions de courrier chaque jour, et un service postal automobile avait été créé en 1905 vers Vernon.

Depuis 1830, un nouveau personnage avait fait son apparition en France: le « facteur rural » en charge de la distribution. Il va perdurer jusqu'en 1914 mais après la guerre, désormais employé d'une administration, il sera soumis aux contraintes de l’organisation rationnelle de la distribution.

L'histoire des « bureaux de poste » successifs à Sérifontaine reste à faire, et les bureaux successifs, dont l'emplacement a changé jusqu'à l'implantation d'une véritable « Recette » ont vu leur rôle et leur activité s'élargir au fil du temps et des progrès techniques. La Poste va gérer les communications par fil, mais le chemin de fer transporte aussi le courrier : les collectionneurs savent reconnaître la forme particulière de ses marques d'oblitération.

Les convoyeurs ferroviaires recevaient directement du courrier des voyageurs ou de personnes présentes sur les quais, ainsi que le contenu de la boite aux lettres de la gare. Le courrier ainsi reçu était traité par eux et ils usaient de leur timbre à date pour annuler le ou les timbres poste. La remise du courrier directement avait beaucoup de succès car les trains desservaient de nombreuses communes sans bureau de poste et permettaient de gagner du temps.

En 1905 Madame Trottier dirigeait le bureau de Poste et Télégraphe de Sérifontaine, qui comptait deux facteurs : Monsieur Liepart pour Sérifontaine intra-muros… et Madame Liepart pour les hameaux. C’est en 1911-1912 que le téléphone fit son apparition La Mairie n’eut que le second abonnement, ce dont son numéro actuel porte toujours le stigmate !

En 1912 avait été mis en service un bureau de poste à Flavacourt, dans l’ancienne maison commune, à savoir la maison Lardy de 1786 encore visible. M. Edmond et Mme Maria Michenaud y tinrent bureau jusqu’en 1940. Il semble que le courrier venu de Gisors passait par Flavacourt.

Le facteur auxiliaire de Flavacourt, M. Jules Fy était un personnage bien connu à Sérifontaine ; moins pourtant que son chien Champagne. J'avais recueilli en 2010 une amusante anecdote que je rapporte ici. Chaque matin, selon le récit fait par Julienne Fy (1904-1992) à M. Daniel Tingry , Jules Fy « allait à Sérifontaine chercher le courrier, y compris dimanches et fêtes, deux fois par semaine avec le chien et le reste avec son cheval la Poste. Le tri s’effectuait à Flavacourt avec M et Mme Michenaud postiers principaux ». Un jour, emporté par son flair, le chien Champagne poursuivit un lièvre, entraînant le malheureux préposé et le forçant à s’aplatir au fond de la charrette afin de ne pas être décapité. Quand on atteignait Sérifontaine de façon moins chaotique, le chien attendait chez Mme Lelit, la mercière ambulante où il se désaltérait. Jules Fy continuait à pied vers la Poste et la gare, pour chercher le courrier. Si son maître tardait trop à son goût, « Champagne prenait la rue Cocagne, toujours attelé, jusqu’à la Poste où il attendait sagement son maître. Ceci amusait beaucoup les habitués ».

Un temps, la Poste fut située rue Hacque. Il n'en reste pas de trace, sinon dans les collections de cartes postales où l'on trouve encore un « Café de la Poste » , aujourd'hui en habitation, comme le « Café des Sports » qui lui faisait face. Il y avait un receveur, un employé et un facteur. La tournée du facteur se faisait à pied et elle était d’environ 30 kilomètres. Le matin le courrier était distribué dans les hameaux de Droittecourt, Sainte-Marie, Bourguerelle Champignolles, Champs-Mauger, La Folie, et même à Amécourt, l’après-midi dans Sérifontaine intra-muros.

On trouve des cartes postales montrant encore la configuration ancienne devant le Presbytère, datées des dernières années d'avant guerre.

L'actuelle recette fut construite avant le première guerre c'est un point assuré. Mais quand ?

Quand on regarde bien la photo des trois ouvriers, on distingue en bas à droite quelque chose qui ressemble fortement à une date. On peut lire 29-10, suivi d'un V qui est peut-être le haut d'un X mal centré, donc 29 octobre 1910. Cela parait tôt, mais la construction et surtout l'équipement ont pu s'éterniser.

Les cartes représentant la nouvelle Poste et portant les oblitérations les plus anciennes datent de 1913.

On n'y voit pas le monument aux morts. Ce monument (aujourd'hui devant l'église) a été inauguré en juillet 1921 et apparait sur des clichés ultérieurs de notre Poste, dans laquelle on pénètre alors par la rue.

Dans les années du second après-guerre on y verra Mr Vallet et Mme Thérèse Hériché.

Le monument aux morts a été déplacé en 1972. Quant au bâtiment lui-même, c'est surtout son rez-de-chaussée qui a été modifié, avec des hésitations successives sur l'emplacement de son entrée (vers la Mairie comme aujourd'hui, ou directement sur la rue) et plus récemment pour le mettre aux normes Mais il n'a pas vraiment changé d'allure en un siècle. Depuis quelques années, s'il a perdu les Télécommunications, il est équipé d'un distributeur de billets, et ce nouveau service est très apprécié.

Dans la France d'aujourd'hui, bénéficier d'une présence du service public ferait presque figure de privilège. Comme jadis !

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