27 - Dans quel pays sommes-nous ?

L'un des professeurs qui m'ont le plus marqué nous affirmait que ceux qui vous disent que la France est un vieux pays cartésien ne connaissent ni la France ni la philosophie de Descartes.

Or donc Sérifontaine était une commune de l'Oise, canton du Coudray Saint-Germer, arrondissement de Beauvais, comme je le trouve écrit dans des centaines de documents depuis le 28 pluviôse an VIII (17 février 1800), quand la réforme de Bonaparte divisa par deux le nombre des cantons créés par la Révolution et supprima les districts. Le canton de Flavacourt et le district de Chaumont disparaissaient, eux qui rattachaient depuis dix ans Sérifontaine aux anciens chef-lieux de sa géographie féodale, le marquisat de Flavacourt dépendant du Comté de Chaumont.

sous la révolution

Sérifontaine se retrouva donc inscrite dans le canton du Coudray, dont l'érudit Louis Graves, Secrétaire Général de la Préfecture jugeait en 1841 qu'il était absurde, et qui l'est resté jusqu'à ce jour. Rappelons donc ses mots : Aucune considération naturelle, aucune considération d'utilité administrative n'explique la circonscription donnée au canton du Coudray ; mais surtout signalons que l'on peut sans trop de difficulté se procurer la rééditon de son ouvrage, inispensable lecture, encore aujourd'hui, pour qui veut bien connaître notre petit pays.

Louis Graves, le canton du Coudray

La réforme de l'an VIII marqua le début de notre ancrage administratif vers le Nord. De là vient aussi le tracé de la Communauté de Communes dite (abusivement) du "Pays de Bray Oise". J'ai montré, dans le billet n°10 (Sacrée Géographie) que l’Église nous avait gardé une inscription vers le Sud et vers Trie et Chaumont qui a tout prendre correspond bien mieux à notre "bassin de vie".

La nouvelle réforme lancée en avril 2013 fait disparaître les anciens cantons, soit en les regrouant, soit en les tronçonnant, ce qui est le cas du canton du Coudray et de quelques autres.

les nouveaux cantons

Le principal sujet des abondants commentaires publiés dans la presse concerne les arrières-pensées politiques d'un possible charcutage. Les géographes de l'heure, à savoir le Conseil Général, ne manquent pas de s'en défendre, expliquant qu'il s'agit de donner à chaque nouveau canton un poids démographique équitable. Vieille histoire où l'on fait mine de compter les hommes comme des pommes de terre. Vu que les circonscriptions électorales n'ont guère d'importance administrative, on pourrait classer les électeurs par ordre alphabétique et diviser cela en paquets rigoureusement égaux.

On trouvera moins de commentaires sur la cohérence (ou l'incohérence) profonde des tracés. Regardons la carte de plus près, au niveau de Sérifontaine et de la Communauté de Communes à laquelle l'ancien préfet Nicolas Desforges, médiocre géographe, l'a rattachée comme une province conquise.

notre nouveau canton

Qu'en disent les élus? Certes le Canton du Coudray explose en vol, selon la métaphore de Madame Nadège Lefebvre (qui ne dit pas à quelle altitude s'est passé le drame). Mais la Com-Com du Pays de Bray qu'elle préside est aussi bel et bien passée au hachoir. Le principal intéressé, le conseiller général du défunt canton, dit attendre sereinement le débat, tout en assurant sans grande conviction apparemment que le découpage n'est pas forcément en faveur de qui tient le ciseau. Quant au Maire de Sérifontaine, il déclare nous aurions pu être consultés - on ne peut qu'approuver - mais sans dire à l'Oise Hebdo quel voeu il aurait alors exprimé...

Ainsi Sérifontaine se retrouve (une nouvelle fois dans son histoire) non pas dans un ensemble cohérent et structuré, mais placée administrativement dans une Com-Com morcelée et politiquement à la marge d'une circonscription au tracé difforme s'étendant jusqu'à Warluis, à l'est de Beauvais. On souhaite bonne chance à la candidate et au candidat de 2015 sur les petites routes sinueuses de leur tortueuse circonscription !

Il reste que Sérifontaine n' a aucune autre attache possible que Gisors. L'Epte, la route, le chemin de fer, les collèges, les distributeurs de billets, les maisons de retraite, les hypers, tout mène à Gisors !

Election après élection, quand je compare les scores, le vote de Sérifontaine se compare plus aisément à celui de Gisors qu'à aucun autre vote voisin. Et puisque l'on parle politique (mine de rien) comment ne pas sourire en remarquant que la famille Grousset est attestée à Gisors depuis au moins 4 siècles ? Et comment ne pas en profiter pour regretter publiquement qu'une certaine léthargie de notre Commune pousse un jeune Sérifontainois capable d'en incarner l'avenir à s'investir plutôt sur Gisors?

MM Larmanou et Auger

On sait que Marcel Larmanou s'est déclaré partisan d'une Com-Com à cheval sur l'Eure et l'Oise, et il semble que telle soit toujours sa conviction. Le nouveau Préfet de l'Oise, Monsieur Emmanuel Berthier, ayant été jadis préfet de la Sarthe, a pu connaître la Com-Com de Sablé-sur-Sarthe, qui est à cheval sur la Sarthe et la Mayenne. Si cela était possible chez Monsieur Fillon, cela ne doit pas être révolutionnaire ni extravagant ! L'exemple du canton prouve que les lignes peuvent toujours bouger...

Commentaires

1. Le vendredi, décembre 20 2013, 23:08 par Olivier Vô-Tân

J'ai lu avec l'intérêt habituel ce billet sur le Pays que nous sommes censés habiter.

Nouvelle et belle démonstration de l'irrationalité de ceux qui ont le privilège ou la prétention de nous (mal) administrer..., avec une certaine constance à travers les années, dont vous faites l'histoire remarquablement documentée.

En effet, depuis la nuit des temps les flux de communication empruntent tous les voies naturelles, et la Vallée de l'Epte l'illustre encore si besoin était. La com-com de l'Epte-Lévrière aurait donc davantage eu vocation à nous accueillir à ce titre, sans parler de la proximité kilométrique, politique, et de bassin de vie comme vous le rappelez fort justement.
Qui "escaladerait" les coteaux de cette vallée en empruntant les routes escarpées traversant le plateau agricole semi-désert de localités d'importance, afin de rejoindre le Coudray Saint Germer, St Germer de Fly, ou encore pire, La Chapelle à pas de pot....? Quelque soit l'intérêt de ces villages par ailleurs.

Et que dire en cas d'enneigement ou de verglas, récurrents depuis plusieurs hivers. Il n'y a donc pas photo, que cela soit sur le plan pratique, géographique, historique ou humain.
Las, ces évidences - pourtant têtues - n'ont pas l'heur de l'être pour la Préfectorale, ni pour les politiques, d'ici , ou d'ailleurs...
Mais rien n'est jamais gravé dans le marbre, et il n'y a rien de plus fragile et éphémère que les décisions politiques, qui ne reposent pas sur un solide bon sens et ne relèvent que de pratiques politiciennes.

Une action serait-elle possible un jour pour remettre cela en cause, sachant que tout ce que la loi fait, peut-être défait par la loi ?
Encore une piste qu'il y aurait parmi tant d'autres, à suivre...

2. Le mardi, décembre 24 2013, 20:09 par Agra Jacques

Bonjour

A chaque redécoupage électoral (charcutage quelquefois), il y a automatiquement suspicion.

La répartition en fonction du "poids démographique" est bien sûr un faux prétexte.

Le seul mode de scrutin vraiment démocratique c'est évidemment la Proportionnelle, mais en réalité seules les minorités non représentées la souhaitent... et les vrais démocrates (démocratie=souveraineté du peuple).

Hélas, il y a encore dans le monde et aussi en France des personnes qui prétendent que le peuple n'est pas mûr pour la Démocratie.

Sérifontaine est trop proche de Gisors (et dans les urnes également) alors ils veulent "casser" cela.

L'individu n'a qu'une vie, contrairement à l'État qui a le temps pour lui, quelque soit son représentant, idem pour les grandes entreprises.

Les individus peuvent s'unir en groupe de pression/d’intérêt, parti politique ou secte quelquefois.

Personnellement j'ai ou j'ai eu des amis ou relations de toutes races, couleurs, religions , venus de pays divers et aussi d'opinions politiques différentes de la mienne et même opposée quelquefois.

Une fois passées les premières barrières, il est possible de se parler et quelquefois de se rendre compte que, malgré nos opinions différentes, nous pouvons avoir des vues similaires sur certains sujets.

L'intérêt général, c'est bien cela qui doit primer dans les décisions de nos dirigeants

Je pense moi aussi que l’intérêt des habitants de Sérifontaine est de se rapprocher de Gisors.

Il n'est pas réaliste de demander à la population d'aller manifester à répétitions avec un bonnet d'une nouvelle couleur devant la préfecture, cette préfecture qui compterait 1 personne sur dix. Le seul geste "facile" c'est la pétition.

Même si les têtes pensantes pensent (hi hi hi) que c'est bon pour nous d'être rattachés au Coudray il faut leur rappeler que l'on ne peut pas faire le bonheur des gens malgré eux.

Jacques Agra

 

Merci cher Monsieur pour ce magnifique texte, auquel j'adhère bien volontiers! JF

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