La première chose qui frappe en l'ouvrant, c'est le nombre de ceux qui ont collaboré, prêté des documents (plus de cent familles), écrit des notices, apporté leur témoignages (plus de 160 témoins )... ou porté les meubles pour que l'événement ait lieu, et du coup le nombre des concours dont ils ont légitimement bénéficié de la part d'une vingtaine d'associations, du Conseil Général de l'Oise ou de la Communauté de Communes du Vexin Thelle.

Si l'érudition elle-même n'est pas dissociable d'un travail d'équipe incluant l'échange de renseignements, combien plus la culture populaire, destinée à développer le lien entre voisins, habitants à un titre ou un autre d'un même "pays", doit-elle s'inscrire dans un processus collectif, amical, associatif !

C'est de cette dimension là aussi que vient le succès: plus de 400 personnes samedi soir pour l'inauguration, autant le lendemain

une des salles

venues pour admirer des machines d'hier (nombreux tracteurs Massey-Harris datant d'avant 1953) ou d'un autre âge, comme cette spectaculaire ligne à nettoyer les grains de la maison Lhuillier de Dijon

machine lhuillier

ou pour écouter le piano mécanique de 1911 actionné par Madame Briand (avec des pièces en francs!)

Madame Briand au piano

Beaucoup de choses intéressantes en relation avec Sérifontaine. Bien sûr des photos (prêtées par M. Émile Vasseur ou issues de ce blog, et sur lesquelles certains reconnaitront des collègues ou des proches), mais aussi des vitrines d'objets souvenirs... nostalgie tréfimétaux

...et également des documents concernant la puissante société "la Vieille Montagne", très présente à Bray-et-Lû, mais qui joua aussi un rôle furtif chez nous à Saint-Victor et surtout à Droittecourt. Et sur Droittecourt, bien sûr, "le" piano de Kriegelstein, présenté ici par une curieuse relique et par quelques photos.

un morceau de chez Kriegelstein

Une large place est faite au site de Saint-Charles, depuis la photo de Jean-Charles Davillier jusqu'aux transformations de son usine sous Organon.

En passant ainsi d'une photo à l'autre, le visiteur passe de l'émotion sur ce qui devait disparaître (les métiers pénibles de jadis comme celui des carriers et chaufourniers, bien représentés à l'expositon) ou des petites industries de tabletterie et de brosserie...

le four à chaux

...à la nostalgie et à l'indignation sur ce qui a disparu et continue hélas de disparaître sous nos yeux. Mais les révoltes de jadis, les luttes même violentes comme le furent celles des ouvriers des fabriques de bouton de Méru en 1909, ne sont pas absentes de l'exposition.

les troubles de Méru

En scrutant les visages disparus, les outils oubliés, aux noms parfois inconnus, on se dit : ces gens avaient une industrie, c'est une part de vie, de dignité collective, peut-être de souveraineté... que nous perdons. Et puis dans un coin, sur une des innombrables photos de groupe prises devant les usines, ce petit détail qui en dit long sur une forme de bonheur : un chien dressé, les pattes dans les mains de son maître, et qui pose avec les ouvriers.

J'en ai assez dit. Allez-y, avec vos enfants (crêpes, petit train, musique) lors des deux week-ends prochains.

La comparaison est cruelle avec ce qui se passe à Sérifontaine. Si la fête "39-45" de juin dernier fut un succès (mais là-aussi, sans doute, du fait de la participation d'associations et de passionnés) la foire médiévale du 15 septembre, malgré ce qu'ont pu en dire des journaux assez bienveillants, fut un désastre.

la fête médiévale

un banquet sans convives

Et pourtant la chose n'était pas sans mérite. Et l'Association "la Mesnie de Lug" propose une attraction de qualité, qui quelques semaines plus tôt, à Pierrefonds, rencontrait un vif succès.

Pierrefonds août 2013

Mais se contenter d'inviter (ou de payer) des animateurs culturels ne suffit pas à animer une communauté. Les gens ne viennent pas seulement "pour voir" et la Municipalité ne peut pas se contenter de "commander" de la culture comme on commande des forains ou un défilé de schtroumpfs.

Qu'en serait-il d'un Musée? Soyons sérieux : on ne disposera pas de mécènes capables d'acheter les pièces nobles de notre passé lorsqu'elles passent en ventes publiques

la Marquise par Peter Hall Athénaïs d'Arlincourt à gauche : la Marquise de Flavacourt par Peter Hall, vente Christies à Londres en mai 2000
à droite : Athénaïs d'Arlincourt par Nicolas François Dun, vente Christies à Londres en juin 2003

La Municipalité n'a rien sauvé de ce que contenait le vieux château ni rien acquis lors de la vente des meubles du Saussart en juillet 1987. Comme je l'ai écrit dans mon billet précédent, à Sérifontaine on casse. Alors, certes, on pourrait déjà avantageusement exposer dans un lieu propre et ouvert au public des petits morceaux de notre histoire qui pourissent dans l'église...

le corbillard

...ou que j'ai vu dormir au grenier de la Mairie, comme cet étonnant buste de Napoléon III en papier mâché (avec en prime les bustes d'Eugénie et du Prince Impérial, ce qui est plus rare) et que l'on jettera un jour parce qu'ils seront trop détériorés...

l'empereur caché

et aussi de magnifiques plans que l'on pourrait extraire des archives municipales, des outils de l'usine, des souvenirs lors des décès de nos anciens, etc, etc. Mais à quoi bon ?

Sans un profond effort de vie associative, sans une volonté tenace de faire vivre cette commune par l'esprit, rien ne se passera.

Une idée cependant : si le site de la Gare peut, comme mes lecteurs le suggèrent, servir à de petites choses quotidiennes, pourquoi n'irait-on pas demander à KME le site de l'usine? On n'est pas obligé de tout transformer en zone de stockage. On pourrait y créer un espace culturel et le mettre à la disposition d'Associations qui, comme le Pétillon, comme la SHGBE, comme l'Association qu'anime Michel Mille dans le Bray apporteraient un peu de vie dans ces vieux murs et une émulation entre nous pour construire un Sérifontaine cohérent avec son histoire et fidèle à ses valeurs ?

un lieu culturel?