Après l’histoire, la géographie. On trouve en page 5 une vue cavalière de la Boutonnière de Bray, cette forme géologique singulière courant en gros de Beauvais à la mer, et sur laquelle les auteurs ont superposé le tracé de la Communauté dite du Pays de Bray. L’objet apparaît pour ce qu’il est, une construction administrative incongrument parée d’un nom de terroir, un peu comme on batise les lotissements. Car du Bray, la CCPBO n’occupe qu’une infime partie et se trouve au demeurant à cheval dessus. Elle le serait plus encore avec Sérifontaine. On y découvre par incident qu’il y a d’autres pays de Bray que ce pays de Bray là : l’identité brayonne crée des proximités avec la Normandie, ce qui s’illustre en particulier par l’importance, pour le territoire du « Bray-Oise », du pôle urbain de Gournay-en-Bray qui influence en effet assez profondément le territoire … Le second élément d’appartenance est lié à la très grande proximité du territoire avec le pôle de Beauvais.

Bref de Gisors ou du Vexin dont Sérifontaine est la porte, pas un mot. Ce point de géographie pourrait être laissé aux spécialistes si une évidence sociologique nous contraignait à inscrire Sérifontaine dans l'argile du Bray. Mais, lit-on page 6, cette réalité économique et urbaine ne fait pas du Pays de Bray un territoire urbain. Bien au contraire, le Pays de Bray est un territoire rural, comme en témoigne sa densité, la typologie de ses bourgs et de ses villages, et le mode d’occupation très largement agricole de ses sols.

Sérifontaine, bourg du Vexin français, dont l’histoire industrielle s’est tissée avec celle de Gisors, et finalement de Paris, serait donc brayonne et rurale ? Pas certain… on trouve un peu tout et son contraire dans ce « schéma de cohérence » ; ainsi page 30, tout au contraire : le Pays de Bray présente un visage économique particulièrement industriel où l’emploi tertiaire (commerces, services marchands et non marchands) atteint des niveaux très faibles au regard des moyennes nationales. Donc, ruraux et industriels, mais sans commerce ?

Qu’importe, dira-t-on, le progrès est en marche et la CCPBO finira bien par l’apporter jusque chez nous. N’y comptons pas trop car, lit-on page 7, le vecteur principal de l’urbanisation, à l’intérieur du périmètre du SCOT, est constitué de la RN 31. Sur ce point-là au moins, le document est très cohérent. On retrouve cela en titre de la page 58 : L’EMPLOI EST REPARTI, MAIS SE CONCENTRE AUTOUR DE LA RN 31. Et en page 70, sous le titre Une économie qui résiste, mais peine à évoluer… ce constat : le Pays de Bray pourra s’appuyer sur ses atouts parmi lesquels, le potentiel de valorisation autour de la RN 31 apparaît le plus évident.

Notre « route de la Dauphine » est quand même évoquée, en page 74 : La RD 915 à l’extrême ouest du territoire reliant Gournay en Bray -Gisors et Pontoise. Classée actuellement route à grande circulation, elle ne fait pas l’objet de cette classification dans le projet de reclassement de ces routes. Elle a essentiellement une fonction de transit. Plaisante perspective!

Un lot de consolation, tout de même, en page 84 : La création d’une ligne Express sur la ligne 40. Cette ligne relierait Beauvais, Le Coudray Saint-Germer et Sérifontaine ; un prolongement jusqu’à Gisors serait envisageable. Dans la formulation actuelle, seules les 4 villes citées constitueraient les points d’arrêt du service express.(…) Les estimations prévisionnelles de fréquentation de cette future ligne Express ont montré que celle-ci risque d’être une des moins fréquentées du réseau (6 personnes au total par voyage hors scolaires), motivant ainsi l’utilisation d’un minibus d’une quinzaine de places plutôt qu’un bus de taille normale.

Ceux qui se souviennent de la fonction que la grammaire assigne au mode conditionnel apprécieront. Mais pour apprendre la grammaire, il faudra quand même compter sur la D915, car, lit-on page 122, pour le second degré, le Pays de Bray comprend un collège public, Les Fontainettes à Saint-Aubin en Bray, qui compte 23 classes. Proche de la R.N. 31, il accueille environ 600 élèves issus principalement de la Communauté de Communes. Il reste à implorer le Ciel et l’Education Nationale que la dérogation automatique permettant aux jeunes Sérifontainois d’être inscrits au Collège Picasso à Gisors perdure.

Mais qui sait, si nous ne venons pas à la 31, celle-ci viendra peut-être à nous ? Car le SCOT (en son annexe « état initial ») confesse que si la 31 est la colonne vertébrale de cet étrange animal, nul ne sait par où elle passera à l'avenir. Je vous attache le croquis: la 31

Tout espoir est-il perdu? Nenni. On a beau lire et entendre que le Préfet a décidé, que les élus sont résignés, que seuls des trublions mal intentionnés en parlent encore...on peut et on pourra toujours revenir en arrière quand on le jugera utile. Voyez en cliquant ici une intéressante décision du Préfet de l'Eure (en octobre 2012) sur un sujet très similaire.

Un grand merci au responsable politique qui me l'a signalée...