Et à Sérifontaine ? J’attends quelques commentaires, bien sûr, mais d’abord je vais dire ce qu’il en fut alors. Bonaparte a dû passer chez nous en trombe, avec Joséphine, le 12 novembre 1802, venant de Dieppe, Forges et Gournay et se rendant à Gisors où il visita la filature Morris. Cela n’a pas laissé de trace. Deux ans plus tard, pour célébrer son couronnement, les maires furent invités à organiser des célébrations. Celui de Sérifontaine était alors… l’abbé Jerosme, qui se contenta d’offrir un festin pour les pauvres, et le servit lui-même avec son Conseil municipal. Il démissionna en 1812, sans doute mal à l’aise avec l’évolution du régime.

Pour le reste, il est malaisé de mesurer les sentiments. Le prénom de Napoléon est donné en deuxième prénom à un fils Fleury en 1806, en premier prénom au fils du berger Fontaine en 1807, en troisième prénom à un fils du tonnelier Henry en 1810, en deuxième prénom à un fils du journalier Tellier en 1811, en premier prénom à un fils Raban en 1812. Soit environ 5% des garçons nés sur la période, et plutôt dans la classe modeste. Je ne crois pas que nous ayons eu de vieux vétérans de la Grande Armée pour animer les veillées, comme Lignet, qui servit d’Austerlitz à Waterloo et dont on voit encore la tombe au Vaumain ou Exquerat d’Eragny, qui servit de 1792 à 1815.

Sérifontaine accueillit pourtant un brave de la Grande Armée, mais jeune encore et entreprenant, et qui pesa sur le destin du pays : Charles-Marie d’Arlincourt, quoique fils et petit fils de guillotinés, s’était rallié tout jeune à Napoléon. Garde d’honneur de l’empereur en 1806, capitaine en 1809, commandant de la gendarmerie de la garde à Moscou en 1812, il est fait colonel des cuirassiers de la garde en mars 1813. Ceci lui donne le droit de porter le titre de général. Baron en 1814 à 27 ans il conservera jusqu’à la fin de ses jours ses deux titres impériaux, et une désinvolture toute militaire lorsque, à partir de 1830 il achète une partie de l’ancien domaine seigneurial et se lance chez nous dans le laminage sans s’encombrer de formalités vis-à-vis du préfet, des voisins ou des habitants. Comme le héros de sa jeunesse il appliquait la règle, « Je fonce, et après, je vois ».